Sexologie

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La consultation sexologique

Quoi de plus normal que de s'adresser à un Planning familial pour s'informer sur la sexualité ?
C’est historiquement et sociologiquement, sa mission la plus élémentaire. Celle-ci s’inscrit dans charte de l’IPPF (International Parenthood Planification Federation) qui défend la santé reproductive et sexuelle.

Comment le Planning familial est-il devenu central dans les problèmes dits "sexologiques" ?

Il convient de se replacer dans le contexte des années 60 qui virent apparaître des moyens contraceptifs dont la pilule qui allaient révolutionner les relations hommes /femmes. La liaison entre les relations sexuelles et la reproduction va subir une modification fondamentale. On pourra désormais faire l’amour dans une perspective de plaisir sans la peur d’une grossesse. La "liberté sexuelle" va s'inscrire dans la mentalité des gens.

Paradoxalement, cela va révéler toute une problématique autour de la jouissance : impuissance, anorgasmie, éjaculation précoce, frigidité, dyspareunie.

Un nouveau paradigme apparaît :
"Comment jouir de la liberté de jouir ?" Cela va favoriser l'apparition d’une science de la santé sexuelle et reproductive : la sexologie. Des volontés se mobilisent pour fonder cette science qui se propose d’étudier les mécanismes de l’apparition des dysfonctionnements, des inconforts mais aussi des mésententes. Les recherches se font tous azimuts. Il y a l’organicité à distinguer du psychologique et du relationnel. De grands courants apparaissent, Master’s et Johnson, etc. Les universités s’organisent : Bobigny, Saint Luc…

Le  monde du Planning familial  va être rapidement confronté à un paradoxe :
  • traiter le symptôme sexuel s'avère insuffisant
  • voire inutile
  • parce que celui-ci peut n'être que le symptôme d'un dysfonctionnement à d'autres niveaux de la relation.
Il est donc parfois le seul biais possible pour exprimer un malaise. Il convient de prendre en compte qu’il est parfois plus aisé de s’accuser d’une déficience sexuelle que de remettre en cause un fonctionnement relationnel.

Il convient cependant de distinguer en sexologie les problèmes organiques et ceux qui sont d'origine psychologique. Avant de traiter un problème sexuel d'origine psychologique, il vaut mieux s'assurer que tout problème organique a été écarté.

Le centre de planning familial avec son caractère dépsychiatrisé, son accès relativement aisé, notamment sur le plan financier, sa pluri-disciplinarité, se prête bien à ce type de consultations.

Le Planning familial est un lieu privilégié de la réflexion autour de la sexualité.
L'un des biais parmi d'autres est le volet animations/prévention qui permet d'aborder la vie  affective et sexuelle avec les jeunes en milieu scolaire. Cela se fait dans un cadre où la vie intime fait l’objet d’une réflexion quant à sa protection
Le seul fait de pouvoir parler ou entendre parler les autres de certaines questions peut être de nature à sortir de l'isolement.

La sexologie relationnelle

Préambule :

Cet article  comporte trois cas cliniques. Il met en évidence trois niveaux  dans la persistance de difficultés sexuelles :

  1. La relation entre les « croyances » de l’usager  et leurs conséquences en termes relationnels.
  2. La rationalisation qui maintient et tend à aggraver une difficulté  par un comportement d’évitement basé sur la peur.
  3. On oublie de considérer la sexualité comme une  conséquence  relationnelle, un « aboutissement »  soumis aux autres aspect relationnels de la vie du couple.

Introduction

Il nous semble de plus en plus important, à l’heure ou la sexologie se cherche des lettres de noblesse, de la construire, en tenant compte de son aspect le plus fondamental, la relation. Il existe aujourd’hui une confusion sémantique entre relation et relation sexuelle.  Cela signifie-t-il que l’aspect relationnel devient plus flou. S’il nous arrive de parler de la bonne relation que nous avons avec Mr ou Mme untel cela devient soudain suspect. Il s’agit-là d’une réduction de sens. Comme si la relation se réduisait  à la relation sexuelle. Cette réduction pourrait-elle refléter la difficulté de note monde (occidental ?) de penser en termes relationnels ? C’est comme si nous vivions dans l’illusion que nous pouvons tout maîtriser, comme si la relation au monde importait peu, pourvu que nous puissions nous contrôler et partant, contrôler autrui.  Contrôler, passe par le raisonnement. C’est une vision transcendantale. Si cela peut se faire sur le plan spirituel, cela est-il pour autant applicable sur le plan du comportement ? Pouvons-nous contrôler nos comportements, notre sexualité. Cette sexualité que nous décrivons comme une manière d’être en relation.

Nous pensons qu’il est impossible de ne pas être en relation. Quelles que soient nos actions ou réactions nous influençons et nous sommes influencés en retour. C’est ce que l’on appelle l’écologie. La sexualité s’inscrit dans l’écologie du couple. Elle répond à des règles relationnelles précises et subtiles. Elle peut très bien être influencée par le type de relation qu’ont les partenaires. Si dans une relation de partenaire on passe à une relation d’aide, la sexualité peut s’en trouver influencée. On retrouve ce genre de phénomène chez les couples d’étudiants lorsqu’ un des deux partenaires commencent à gagner sa vie. Par la force des choses la relation sera influencée par le fait que l’un des deux sera d’accord d’assumer la partie financière. Il deviendra l’aidant modifiant la relation « horizontale » en relation « verticale ». De partenaire à personne prise en charge, il y a une modification du type de relation. Idem pour celui qui prend en charge. L’inconvénient majeur est que la modification du genre de relation passe inaperçu alors qu’un dysfonctionnement sexuel, s’il apparaît, fera plus facilement l’objet d’une plainte. Le lien avec la modification du genre de relation ne sera pas fait. Le couple pourra consulter pour le « problème sexuel » mais restera aveugle à la modification de la relation à la base du trouble.  

L’idée que la sexualité doit se réfléchir en termes de conséquence relationnelle va animer tout cet article car elle révèle quelque chose sur le genre de lien qui existe entre deux personnes.


Comment utiliser la relation pour résoudre une difficulté sexuelle ?

Pourquoi parler de sexologie relationnelle alors que cela semble une évidence ?

Nous parlons de S.R. parce qu’à notre sens le contexte relationnel, « crée » la relation sexuelle humaine. Celle-ci est une conséquence relationnelle, un aboutissement possible lorsque l’ensemble des facteurs relationnels le permet. Il s’agit en quelque sorte de la cerise sur le gâteau.

 Les disfonctionnements sont, dans cette hypothèse, à attribuer à des désaccords entre personnes. Des événements du passé ayant affecté la sexualité d’une personne pourront avoir pour conséquence un  dysfonctionnement relationnel qui affectera la relation en général, et, non pas, la sexualité en particulier. La difficulté dans cette sphère sera analogue au reste de la communication.

L’adage populaire dit « quand la sexualité se porte bien, le couple se porte bien ». Il faudrait dire « quand la  relation de couple se porte bien, la sexualité est à l’avenant ».

Le constructivisme* postule que les réponses comportementales relationnelles se créent à travers les échanges. La relation peut-elle dès lors (re)construire une sexualité perturbée chez une personne qui aurait du mal, pour diverses raisons, à se sentir «  normale » dans ce domaine ? C’est une voie  possible.

Citons Jay Haley, dans son ouvrage « Stratégies de la Psychothérapie » (éd. ERES Relations 1993 Toulouse) : « Le plaisir de deux partenaires dans une relation sexuelle nécessite une coïncidence compliquée de réponses physiques appropriées de la part des individus et des réponses comportementales mutuelles qui provoquent des réponses physiques. S’il y a un conflit au sujet de celui qui définit la relation dont il s’agit, les réponses appropriées  n’apparaissent pas ».

Au sein du couple, il y a un jeu d’influences mutuelles qui permettent de créer une espèce d’équilibre relationnel. Cet équilibre de fait est lié à une absence de choix des partenaires. Cette absence de choix est une conséquence relationnelle imposée involontairement par chacun des partenaires. On ne peut pas ne pas communiquer, ce qui implique que si un des deux partenaires apporte dans la relation une façon de se comporter issue de son bagage familial, l’autre ne pourra pas ne pas en tenir compte. En revanche, la façon d’être de cet autre ne donnera le choix à sa/son partenaire que d’en tenir compte. En d’autres termes, chaque humain apporte quelque chose dans la relation  limitant (inhibant ?) les réactions de l’autre qui sera lui-même influencé par sa vision propre du monde.

Si vous avez devant vous quelqu’un qui, du regard, appelle la pitié, cela va activer en vous des réactions conditionnées par votre propre vécu. Cela va se traduire par une réponse comportementale spécifique de votre part qui limitera le choix de la personne en face de vous. On peut en déduire que faute d’avoir appris à prendre recul, on sera limité dans  le nombre de réponses possibles. Il en sera de même pour l’autre personne. On parle du « système de perception/réaction.

Pour compliquer le tout il est bon de rajouter que la relation entre deux partenaires existe dans un contexte interactionnel beaucoup plus large. Il y a la famille d’origine, la société, le travail, les relations sociales…

Prenons le cas d’une personne dont la  sexualité aurait été perturbée par un abus. Ce passé révolu continuerait à conditionner l’attitude relationnelle de cette personne au point de lui empoisonner la vie. Elle pourrait, de manière très « logique », faire un lien entre les événements du passé et ses difficultés affectives et sexuelles actuelles. Elle pourrait même poser le problème dans les termes « suis-je comme les autres ? ». Est-ce que, parce que j’ai subi un abus, je suis incapable de vivre mes relations comme les autres ? On voit tout de suite que ces questions sont posées de manière très raisonnée, c’est-à-dire peu en lien avec ce qui est ressenti par rapport à ce qui est vécu ici et maintenant. Il y a rupture avec ce que l’on ressent car il y a une peur… Cette peur peut resurgir à chaque fois que la personne concernée craint de révéler par une réponse qu’elle juge inadéquate, cette (pseudo-) différence. Pour ne pas révéler la différence, elle peut s’adapter à une situation là où d’autres ne le feraient pas. On y retrouve, comme chez beaucoup de victimes de maltraitances infantiles une attitude trop conciliante dictée par la peur de se révéler différentes.

La peur amène des tentatives de solution dictées par la raison et empêche de ressentir. Cela va se traduire par un comportement d’évitement vis-à-vis de ce qui fait peur. Il est intéressant de faire l’analogie avec cette phrase plutôt populaire : « manquer de confiance en soi ». Il faudrait dire : « manquer de confiance dans ce que l’on ressent »

L’ exemple qui suit illustrera comment  utiliser le levier relationnel pour,  d’une part, mettre fin à un symptôme sexuel et d’autre part, agir sur les conséquences d’un traumatisme qui  s’auto-alimentent via la peur.

Il met en évidence un aspect important de la méthodologie de la thérapie brève/systémique stratégique qui consiste à faire stopper les tentatives de solution qui maintiennent le problème. En l’occurrence, la personne dont il sera question a développé un comportement d’évitement vis-à-vis de la peur d’être ridicule ou mesquine. L’évitement sera le moteur de la difficulté. Son comportement sera encore une conséquence « relationnelle »  de l’abus qu’elle a subi . Elle a développé vigilance vis-à-vis de  tout comportement ou toute prise de position de sa part qui pourrait être connoté comme anormal ou suspect afin de pouvoir l’éviter.

La situation décrite est transformée de manière à garantir l’anonymat de la personne.

Telle qu’elle est décrite elle est transposable à d’autres situations. Elle est relativement courante dans la pratique de la thérapie sexologique.

Il est, pour les praticiens de la thérapie brève, intéressant, de relever l’analogie dans l’approche thérapeutique de la situation, avec le traitement des peurs, paniques et des phobies.

Ne me dites surtout pas, ce que je ne veux pas entendre… Première partie

« Ne donnez pas les choses saintes aux chiens et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu’ils ne les foulent aux pieds, ne se retournent et ne vous déchirent »

Evangiles selon Saint Matthieu 7,  6 »

Une jeune femme âgée de 28 ans vivant avec un homme un peu plus âgé vient nous consulter parce qu’elle « revoit » la tête de l’auteur de l’abus sexuel qu’elle a subi au début de l’adolescence. Ce qui est très invalidant c’est qu’elle le voit pendant les rapports sexuels avec son partenaire, ce qui a pour effet de la bloquer physiologiquement. Elle s’est adressée à notre centre parce que nous nous occupons de problèmes sexuels. Elle dit avoir fait une thérapie de plusieurs années pour guérir des conséquences de l’abus. Elle ne tient pas à retourner à la consultation de la personne qui a assuré sa psychothérapie car, dit-elle, ses difficultés sont sensées être terminées. Elle ne comprend pas pourquoi cela revient maintenant et se préoccupe surtout du blocage sexuel. Elle dit que la relation avec son compagnon se passe très bien.

Nous ouvrons ici une parenthèse pour analyser ce début de séance. Ce que cette personne dit implicitement est : « ne me dites surtout pas que mes difficultés sont liées à l’abus. Il n’y a pas de raison rationnelle pour que j’en subisse encore les conséquences ». Cette personne rationalise. Elle pousse le thérapeute à en faire autant. Elle fait passer le message : « ne me dites pas ce que je ne veux pas entendre ». Il convient d’être attentif à ce qu’elle amène dans la relation. Elle a manifestement peur des conséquences relationnelles que pourraient encore avoir l’abus qu’elle a vécu. Et c’est là qu’il faut aller voir. Ce n’est pas facile car elle fait preuve d’une certaine agressivité. Elle protège ses croyances rationnelles, elle les défend. Elle a peur de ne pas pouvoir une vie affective comme tout le monde et par conséquent d’être anormale ».

Il convenait d’abord de la confronter à ses peurs, à ses comportements d’évitement :

Voici un compte-rendu de cet épisode de l’entretien :

  • Etes-vous en train de me dire que vous avez peur que l’on ne vous dise que vos difficultés avec le passé ne sont pas tout à fait réglées ?
  • Oui
  • Pourquoi ?
  • Car j’ai peur de perdre l’homme que j’aime et ne me faites pas faire quelque chose qui pourrait mettre la relation en danger. C’est moi qui ai un problème. Je voudrais régler cela toute seule.
  • Qu’est-ce qui pourrait la mettre en danger ?
  • Des bêtises ?
  • Mais encore ?
  • Ce sont des bêtises et je pense que je suis ridicule. C’est bien là mon problème. Je suis un peu paranoïaque.
  • Pensez-vous pouvoir aborder cela aujourd’hui ou la fois prochaine ?
  • Ce sont des questions financières… Depuis quelques temps, nous devons faire face à une nouvelle dépense que je suis la seule à assumer… J’ai cru qu’il se rendrait compte…
  • Et vous vous êtes dites que vous passeriez pour mesquine ou pour bizarre ?
  • Les deux…
  • Etes-vous venue consulter pour vous aider à garder votre relation ou pour chasser l’image de l’abuseur qui vous hante pendant les relations sexuelles.
  • Les deux…
  • Nous ne pouvons pour le moment que vous aider à faire en sorte de sauver votre relation… car il y a beaucoup de chance pour que vous soyez en train de vous saboter. Si vous ne lui dites pas que vous souffrez de l’inégalité financière qui s’est installée, vous risquez de banaliser cette situation de déséquilibre et il pourra toujours dire plus tard que vous n’avez qu’à vous en prendre à vous-même puisque vous n’avez rien dit. Quels sont les risques que vous encourez si vous le lui dites ?
  • … (temps d’arrêt, pas de réponse, semble un peu en transe)
  • Est-il plus normal d’accepter l’inacceptable situation d’abus financier ou plus normal et sain de signaler quelque chose que somme toute il n’a peut-être pas relevé faute de l’avoir remarqué.
  • Il aurait quand même pu tenir compte de moi. C’est en même temps là que je me sens un peu ridicule.
  • L’évitement vous affaiblira. Faire face vous rendra plus forte.

Le but premier de cet échange était de sortir d’une impasse dans laquelle elle et nous risquions de nous enliser. Cette impasse est la peur et l’évitement. Si je « respectais » sa peur l‘entretien risquait de rester à un niveau anecdotique. Elle n’aurait rien appris et nous non plus. Ce qu’elle apporte dans la relation est la peur d’aborder des choses qui la mettent mal à l’aise. Il fallait trouver le moyen de la confronter à ce qui l’effrayait à savoir qu’elle n’osait pas « toucher » à un sujet qui pouvait la faire passer pour anormale.

A la fin de l’entretien nous avons proposé une tache de réflexion à faire par écrit : « décrivez tous les risques liés au fait de lui dire ouvertement que vous vous sentez mal avec le déséquilibre financier »

A la séance suivante il ne fut plus question ni d’apparitions de la tête de l’abuseur ni du problème financier. La patiente a expliqué qu’elle avait fait tout un plat d’une question que son compagnon et elle ont pu aborder sereinement. Il était étonné qu’elle n’en ait pas parlé plus tôt… Cette femme a fait un apprentissage « émotionnellement correcteur » en faisant face à ses peurs… basées sur ses croyances.

Nous avons quand même tenu à voir ensemble si la patiente avait compris ce qui s’était joué pour elle et comment elle devrait s’y prendre à l’avenir pour éviter la réapparition du symptôme. Il n’y eut pas de récidive car elle a compris l’importance d’identifier ses peurs afin d’y  faire face. Cette situation l’a rendue plus forte.

En conclusion :

La relation de couple peut-être un fameux levier de changement. Les échanges relationnels créent la relation en installant une logique relationnelle. Pour aider une personne à dépasser une difficulté qu’elle estime être, à juste titre issue d’un vécu personnel, le passage par un changement de logique relationnelle du couple est non seulement souhaitable mais aussi indispensable.  Il rend souvent possible la disparition des symptômes et des réponses comportementales indésirables. Travailler avec la personne qui a le souci de la difficulté peut s’avérer insuffisant et il faudra parfois demander au partenaire d’apporter sa contribution.

Un aspect relationnel déterminant est la relation patient / thérapeute. Le thérapeute aura aussi à faire face à la peur que la patiente apporte dans sa plainte. En se plaignant d’un problème sexuel la personne peut envoyer des signaux de détresse important sous la forme d’une demande fermée. Cette demande peut se faire sous forme d’une demande de « conditionnement » à avoir une vie sexuelle exempte de difficultés sans que cela n’implique l’affrontement de certains aspects relationnels effrayants.

Passer à côté de cela n’est pas sans conséquences négatives pour le futur de la personne.

Elle peut avoir l’impression que malgré la thérapie elle n’est toujours pas plus compétente. Il s’ensuivra un renforcement des efforts pour maîtriser le problème et un évitement encore plus grand d’affronter la peur.

« Ne me dites surtout  pas ce que je ne veux pas entendre » : deuxième partie

Apprenez-moi à porter un éléphant…

Le thème principal de ce cas est la peur avec évitement de l’objet de la peur et la survenance d’un problème sexuel. Ce dernier étant comme nous l’avons dit, plus avant, une conséquence relationnelle.

Ce deuxième exemple met en scène un homme qui vient nous consulter après une attaque de panique ayant nécessité une hospitalisation d’urgence. Le phénomène est survenu sans raisons particulières. A l’hôpital le diagnostique parle de stress. On l’a mis sous benzodiazépines et antidépresseurs.

La première séance met en évidence que dans ses crises de panique il a vraiment très peur de perdre le contrôle.  Il tente de le récupérer en essayant de se maîtriser. Ce qui n’a aucun résultat,  si ce n’est que cela aggrave ses peurs. Ses tentatives sont : se rassurer,  se raisonner, essayer de ne pas penser. Il utilise tous les moyens rationnels pour maîtriser sa pensée. De ce fait il s’éloigne de plus en plus de  ce qu’il ressent et qui fait l’objet de ce qui lui pose vraiment problème dans la vie et qui le fait paniquer. Ses paniques deviennent alors une espèce d’alarme qui ne cesse de sonner. Elle ne cessera de sonner que lorsque la difficulté aura été affrontée.

Il se plaint aussi d’une perte totale de libido, chose qui l’inquiète, puisque des années auparavant il avait déjà consulté pour des problèmes d’impuissance primaire.

Nous lui avons demandé dans quelles circonstances  avaient débuté les angoisses.

Elles ont débuté pendant des travaux d’installation, qu’il faisait dans un futur logement pour lui et sa  compagne. Il explique que c’est la première fois de sa vie qu’il ose s’engager à mettre sa vie en commun avec une femme qui en plus a des enfants. Il n’a pas quarante ans, mais il s’en rapproche. Au fur et à mesure qu’il raconte les détails de son installation future, les angoisses reviennent l’assaillir. Nous lui demandons ce qui le met dans pareil état. Il explique qu’il a pris beaucoup d’engagements vis-à-vis de sa compagne et de ses enfants. Implicitement il dit qu’il devra être à la hauteur .

Le père biologique est défaillant. Il agit comme s’il devait compenser les manques de ce dernier.

Dans ce cas-ci comme dans le précédent, le fait  d’aborder ouvertement ce qui est implicite fera augmenter la tension et son agressivité. Par exemple, lorsque nous relèverons  le fait qu’il veut faire mieux que son propre père qui avait « laissé tomber » sa mère alors qu’elle avait besoin de lui.

Il dira : « ne me dites surtout pas que je dois stopper cette relation ».

Nous lui demandons ce qu’il craint de dire à sa compagne au point de penser à la séparation.

Ce qu’il craint le plus est de devoir  dire : « Je ne pourrai pas tenir mes engagements, car ils sont au-dessus de mes moyens ». Ceci résume son évitement. Sa plus grande peur est de passer pour un homme défaillant, un homme, sur lequel une femme ne peut pas compter. Il a été traumatisé par l’angoisse que sa mère lui a transmise, alors qu’elle le prenait à témoin de la « défaillance » de son père. Ceci a influencé sa manière de percevoir et de réagir dans une relation de couple.

 Il est comme un chevalier sauveur de la veuve et de l’orphelin.

 Nous soulignons pour les thérapeutes en thérapie brève, l’importance de lier la tentative de solution inopérante de ce patient qui, au contraire de résoudre la difficulté la maintient, à sa croyance qu’il faut tenir le coup coûte que coûte.   

La grande peur de ce patient est construite sur sa vision de ce que  « doit » être un homme. Il doit être capable de mettre fin à toute souffrance de sa compagne, conditionné en cela, par la perception figée du petit garçon qui a été le témoin des angoisses de sa mère. Il évite donc tout positionnement qui lui rappelle celui son père. La solution est liée à la logique des croyances du patient. Voilà ce qui doit nous permettre de changer le regard du patient sur sa situation actuelle.

Sans entrer dans le détail de tout ce à quoi il s’est engagé vis-à-vis de cette femme et de ses enfants, l’important n’étant pas là, il convient d’attirer l’attention du lecteur sur la lecture qu’a cet homme de la relation homme/femme. Il explique les « défaillances », de son père, telle qu’il les a perçue dans son enfance, à l’égard de sa mère. Il avait l’impression de devoir être le sauveur de sa mère qui l’avait pris à témoin des défauts de son père.

Il y a là une vision figée et angoissante.

Il doit avoir des qualités de droiture, d’honnêteté, d’infaillibilité qui relèvent des rêves et des angoisses de l’enfant qu’il était.

 Ces qualités sont d’un tel niveau qu’elles l’ont découragé de se mettre en couple plutôt dans sa vie. Elle l’ont rendu sexuellement impuissant chaque fois qu’il y avait une opportunité de vivre la responsabilité dans un couple.

A la crainte qu’il exprime, que sa peur de devoir rompre encore une fois, nous lui répondons qu’il y a peut-être une peur plus grande que celle de devoir rompre.

Quelle est donc cette position qu’il évite de prendre parce qu’il est terrorisé. Serait-ce de dire à sa compagne qu’il a mis la barre trop haut, qu’il s’est mis un éléphant sur le dos et qu’il sera incapable de mener à bien tout ce qu’il a promis.

Comme dans la situation précédente, il a pris sur lui de donner « quelque chose » parce qu’il croit dur comme fer que c’est comme cela qu’il doit se comporter.

Il en fait trop. L’avis de sa compagne n’a pas vraiment compté dans son offre. Son besoin lié à sa peur supplante la mise en relation de son offre. Son besoin de sauver était trop fort.

Il a fait une offre et devient ainsi une chevalier servant tout en se mettant à l’abri  de la peur ( subjective) de ne pas être à la hauteur.

Lors de la deuxième séance le patient annonce que les crises de panique avaient totalement disparu. Il a affirmé que sa libido était totalement revenue. La qualité des relations sexuelles s’est même fortement améliorée.

Il a expliqué qu’il avait osé dire à sa compagne qu’il s’était trop avancé dans tous les engagements qu’il avait pris et qu’il ne pourrait, pour une bonne part, pas tenir ses promesses.

Sa partenaire le rassure tout de suite. Elle lui explique que son amour pour lui ne dépendait pas de tout ce qu’il proposait et qu’elle se sentait plutôt soulagée. Tout ce qu’ il a proposé a suscité en elle une sensation de « redevabilité » très désagréable.

Il eut une légère rechute quelques semaines plus tard. Il ne fallut pas plus d’une séance pour permettre lui permettre de comprendre qu’il avait recommencé le même jeu que précédemment. Cela lui permit de consolider la compréhension du mécanisme relationnel  susceptible de reproduire les mêmes symptômes.

Dans cette situation  comme dans la précédente on peut parler, par le fait, pour le client, de faire face à ses peurs, d’expérience émotionnellement corrective.

Je suis un homme, un vrai.

Le chêne se rompt tandis que le roseau se plie…

 

La  situation qui suit parle d’un homme très pudique et empreint de croyances culturellement acquises et profondément  imprimées en lui.

Ce qui est frappant c’est la manière dont cet homme s’est engagé dans cette thérapie, étant convaincu qu’il avait un problème sexuel à soigner comme une maladie à enrayer.

Il  a fallu pas mal de temps et de patience pour saisir, ensemble, comment il créait son impuissance primaire.

Il lui était littéralement impossible d’avoir un rapport complet avec une femme, parce qu'il perdait l’érection au moment même de la pénétration.

Le scénario dans lequel se répétait la difficulté était toujours le même : une femme jetait son dévolu sur lui, le trouvait très gentil et séduisant. Elle éprouvait assez rapidement l’envie d’approfondir la relation.

Dès le début des relations sexuelles cependant, la difficulté se faisait jour, il perdait ses érections au moment de la pénétration. La dame, dans un premier temps  acceptait la difficulté sans problèmes. Au bout d’un certain temps, et ce malgré un certain savoir-faire du patient cela finissait par exaspérer la partenaire. Qui mettait fin à la relation.

L’homme étant pudique, et assez avare en informations sur lui-même, nous sommes tombé dans le piège de nous contenter d’informations insuffisantes. Cela revient à dire qu’il a amené dans la relation thérapeutique ce qu’il avait l’habitude d’imposer dans ses relations affectives. Il cachait une partie de sa vie qui, s’il l’avait dévoilée, aurait pu  l’aider à dépasser sa difficulté.    

  • Nardone Giorgio, Peurs Paniques Phobies, Bordeaux, L’esprit du temps, , 1996
  • Watzlawick, Paul, Beavin J. Helmick, Une logique de la communication, Paris Seuil, 1972  
  • Wittezaele, Jean-Jacques, L’homme relationnel, Paris, Le Seuil, Couleurpsy, 2003
  • Wiener Norbert, Cybernétique et société, Paris,  Union Générale d’Edition, 1978